Middle-earth: Shadow of Mordor et Middle-earth: Shadow of War débarquent sur Nintendo Switch 2 grâce à Aspyr avec plusieurs années au compteur, mais aussi avec une mécanique qui reste difficile à oublier : le système Nemesis. Les deux jeux de Monolith mélangent action, progression façon jeu de rôle et monde ouvert dans l’univers du Seigneur des Anneaux, avec Talion et Celebrimbor au centre de l’aventure. Cette nouvelle version permet surtout de retrouver les deux titres en mobilité, sans sacrifier ce qui fait leur force : des combats nerveux, des ennemis qui se souviennent de vous et une hiérarchie orque qui évolue constamment.
Talion et Celebrimbor, une alliance inoubliable
Les deux jeux suivent Talion, un rôdeur du Gondor dont la vie bascule brutalement. Soldat expérimenté, attaché à sa famille et guidé par un certain sens de l’honneur, il se retrouve lié à Celebrimbor, l’elfe associé à la création de plusieurs Anneaux de Pouvoir.

Ce duo fonctionne justement parce que les deux personnages n’avancent pas toujours dans la même direction. Talion essaie encore de conserver une forme de morale, tandis que Celebrimbor accepte des méthodes de plus en plus dures pour affaiblir Sauron. Cette opposition donne rapidement du relief à leur relation, car leurs objectifs restent communs, mais leur manière d’y parvenir l’est beaucoup moins.
Le nouvel Anneau apporte lui une véritable surcouche de tension au tout. Il permet notamment de dominer certains Orques et de les retourner contre leurs propres rangs. Talion gagne donc en puissance, mais il s’éloigne en parallèle du héros traditionnel. Les jeux jouent beaucoup sur cette ambiguïté, sans avoir besoin de l’expliquer lourdement à chaque instant.
Le studio Monolith a aussi fait un choix malin en plaçant son histoire à une période où Bilbon possède encore l’Anneau Unique. Shadow of Mordor et Shadow of War restent ainsi liés à l’univers du Seigneur des Anneaux sans chercher à suivre directement les événements connus des livres et des films. Quelques figures familières apparaissent, mais les deux jeux préfèrent construire leur propre histoire et laisser Talion évoluer loin de Frodon, Aragorn ou Gandalf.

Le système Nemesis donne une mémoire aux Orques
C’est évidemment ici que les deux jeux d’aventure se démarquent de tous les jeux du même genre sortie à l’époque. Le système Nemesis transforme de simples ennemis en adversaires capables d’évoluer selon ce qui se passe pendant la partie.
Un capitaine qui parvient à tuer Talion peut gagner en puissance et grimper dans la hiérarchie. Un autre peut revenir après une précédente confrontation avec une cicatrice, une nouvelle faiblesse ou une rancune bien installée. Certains se souviennent même précisément de la manière dont ils ont été humiliés et adaptent leur comportement lorsqu’ils croisent à nouveau le rôdeur.
Petit à petit, Mordor se remplit donc d’ennemis avec lesquels le joueur construit une sorte d’historique. Chaque Orque possède ses propres forces, faiblesses, peurs, immunités et ambitions. Ils ne servent pas uniquement de sacs à points de vie : leur position dans l’armée de Sauron change, leurs relations évoluent et leurs rivalités peuvent devenir de véritables outils.
Talion peut ainsi recruter certains capitaines, les envoyer affronter un rival ou provoquer volontairement des conflits entre plusieurs Orques. Il devient alors possible de renforcer un allié tout en éliminant discrètement un adversaire gênant. Le système garde une base stratégique, mais il fonctionne surtout parce qu’il crée des situations personnelles que le jeu ne raconte jamais exactement de la même manière.

Shadow of War pousse cette logique beaucoup plus loin. Les armées prennent davantage d’importance, les capitaines recrutés participent directement aux affrontements et les sièges de forteresses donnent une autre ampleur à tout ce que le premier épisode avait mis en place. Le système Nemesis ne sert alors plus uniquement à personnaliser les rencontres : il devient une pièce centrale de la guerre menée par Talion.
Au milieu de tout cela, des personnages comme Ratbag apportent un peu d’humour et cassent le ton très sombre de Mordor. Pas toujours très compétent, souvent dépassé par les événements, l’Orque rappelle aussi que cette armée repose sur des personnalités aussi imprévisibles que peu fiables.
Quand un simple combat peut tourner au règlement de comptes
Manette en main, Shadow of Mordor et Shadow of War rappellent immédiatement les jeux Batman Arkham. Talion enchaîne les attaques, bloque les coups, esquive et affronte plusieurs ennemis à la fois dans des combats qui misent avant tout sur le rythme.
Celebrimbor complète cet arsenal avec ses pouvoirs spectraux et son arc, tandis que les compétences débloquées au fil de l’aventure offrent progressivement davantage de possibilités. Shadow of War enrichit encore cette progression et permet de mieux personnaliser la manière de combattre ou d’aborder certaines situations.
Mais ce qui rend vraiment les affrontements intéressants vient encore une fois du système Nemesis. Une rencontre banale contre quelques soldats peut très vite dégénérer lorsqu’un capitaine débarque à l’improviste. Puis un autre. Et parfois encore un troisième, simplement parce qu’il a lui aussi un compte à régler avec Talion.
C’est à ce moment que le monde ouvert devient plus intéressant qu’une simple carte remplie d’objectifs. Le joueur peut partir traquer un ennemi précis et finir lui-même pris au piège par un adversaire rencontré plusieurs heures auparavant. Talion chasse les capitaines, mais les capitaines le chassent aussi.

Cette menace permanente donne du relief aux déplacements. On ne traverse jamais complètement Mordor l’esprit tranquille, car une vieille erreur peut ressurgir au pire moment. Le jeu fait ainsi circuler les conséquences de vos actions dans tout son monde au lieu de les enfermer dans quelques missions scénarisées.
Sur Switch 2, l’essentiel est préservé
Reste évidemment la question qui accompagne cette nouvelle sortie : comment tournent Shadow of Mordor et Shadow of War sur Nintendo Switch 2 ?
Les deux jeux s’en sortent bien, aussi bien en mode portable qu’en mode sur téléviseur. Les baisses de fréquence d’images restent limitées et n’entravent pas réellement les combats, y compris lorsque plusieurs ennemis occupent l’écran en même temps.
C’est un point important, car tout le système repose sur la rapidité des réactions. Les contres, les esquives et les enchaînements doivent répondre immédiatement, surtout lorsque plusieurs capitaines viennent compliquer une confrontation déjà bien chargée.

Le passage du téléviseur à l’écran de la console se fait également sans mauvaise surprise. On peut donc retrouver Shadow of Mordor et Shadow of War en mobilité sans perdre la nervosité qui fait leur intérêt. Le système Nemesis continue surtout de fonctionner comme prévu, avec ses embuscades, ses rivalités et ses retournements de situation qui donnent encore aujourd’hui une vraie personnalité aux deux jeux.
Une virée à Mordor qui tient encore la route
Rejouer à Shadow of Mordor et Shadow of War aujourd’hui rappelle surtout à quel point Monolith avait trouvé quelque chose de rare avec son système Nemesis. Les années ont passé, certains mécanismes paraissent forcément plus classiques et le monde ouvert porte encore les traces de son époque, mais les deux jeux conservent une vraie personnalité. Il suffit qu’un capitaine Orque revienne au pire moment, avec une vieille rancune et deux copains dans son dos, pour que la magie opère à nouveau.
Sur Switch 2, l’intérêt est assez simple à comprendre : pouvoir emporter ces deux aventures partout sans casser le rythme des combats. La conversion remplit ce contrat et redonne une bonne raison de repartir à Mordor, que ce soit pour découvrir la série ou simplement vérifier si ces Orques nous détestent toujours autant. Spoiler : oui, très probablement.
Points positifs
- Un système Nemesis toujours aussi marquant
- Des Orques vraiment mémorables
- Une progression plus riche dans Shadow of War
- Les combats nerveux et efficaces
- Un univers du Seigneur des Anneaux bien exploité
- Une bonne fluidité sur Switch 2
- Le mode portable particulièrement adapté à ces deux jeux
Points négatifs
- Un monde ouvert qui accuse parfois son âge
- Certaines mécaniques devenues plus classiques avec le temps
- Une technique correcte, sans vraie claque visuelle
- Des situations parfois très chargées lors des gros affrontements


