Pendant longtemps, Razer a défendu ses switches optiques analogiques bec et ongles. Pour la marque, ils représentaient tout simplement la meilleure solution lorsqu’il fallait aller vite, très vite, notamment dans les jeux compétitifs. Alors forcément, voir débarquer un Razer Huntsman V3 HE équipé de switches magnétiques Hall Effect a quelque chose d’assez inattendu.
Sur le papier, Razer n’a pourtant pas fait les choses à moitié. Activation réglable de 0,1 à 4 mm, Rapid Trigger, polling rate de 8 000 Hz, touches PBT, réglages individuels pour chaque touche… le Huntsman V3 HE récupère à peu près tout ce que l’on attend aujourd’hui d’un clavier gaming orienté performances.
J’ai passé plusieurs jours avec la version Tenkeyless, aussi bien pour jouer que pour écrire mes articles. Et si Razer commercialise également un modèle 65 %, je continue de trouver le TKL plus agréable au quotidien. Le pavé numérique disparaît, la souris gagne beaucoup de place et, surtout, on conserve les touches directionnelles et les raccourcis dont on peut difficilement se passer quand le PC ne sert pas uniquement à lancer des FPS.
Le Huntsman range un peu son costume de gamer
Au premier regard, le Huntsman V3 HE surprend presque par sa sobriété. Pas d’écran incrusté dans le châssis, pas de grosse molette multimédia ni de commandes supplémentaires alignées au-dessus des touches. Posé sur un bureau, il ressemble simplement à un clavier TKL moderne et bien fini. Personnellement, ça ne me dérange pas. J’ai même tendance à préférer les périphériques gaming capables de survivre visuellement dans une pièce sans hurler « RGB » à trois mètres.

Cette discrétion ne veut pas dire que Razer a rogné sur la construction. Dès qu’on soulève le clavier, la plaque supérieure en aluminium fait son petit effet. Le châssis est rigide, ne se tord pratiquement pas et ne commence pas à craquer dès qu’on exerce un peu de pression dessus. Tout paraît correctement ajusté, sans vibration parasite ni pièce qui bouge lorsque l’on manipule le clavier.
Les touches doubleshot PBT vont dans le même sens. Leur surface légèrement granuleuse accroche bien sous les doigts et évite cette sensation trop lisse que certaines touches ABS prennent rapidement après quelques mois d’utilisation. Ceux qui passent leurs journées à écrire ou leurs soirées à martyriser ZQSD devraient surtout apprécier leur meilleure résistance à l’usure.
Le traditionnel Razer Chroma RGB s’occupe de remettre un peu de couleur dans tout ça. Synapse permet évidemment de personnaliser les effets et de synchroniser l’éclairage avec les autres périphériques de la marque. En revanche, n’attendez pas un phare de stade sous chaque touche. L’éclairage reste plutôt mesuré et ceux qui aiment baigner leur bureau dans une avalanche de néons pourront le trouver un peu timide.
Le Hall Effect change surtout ce qui se passe sous les doigts
La vraie différence avec les autres Huntsman ne saute pas aux yeux. Elle se cache sous chaque touche. Un switch mécanique traditionnel travaille avec un point de contact déterminé. Le Hall Effect, lui, utilise un champ magnétique et mesure en permanence la position de la touche. Le clavier ne sait donc pas uniquement si vous avez appuyé ou non : il sait aussi jusqu’où votre doigt est descendu.

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Sur le Huntsman V3 HE, le point d’activation peut être réglé entre 0,1 et 4 mm, avec un paramètre différent pour chaque touche. Rien ne vous empêche donc de rendre ZQSD/WASD extrêmement sensibles pour que votre personnage bouge au moindre effleurement tout en donnant davantage de course à une touche que vous avez tendance à déclencher par erreur.
Dit comme ça, on pourrait croire à une fonction réservée aux joueurs obsédés par les millisecondes. Pourtant, le réglage trouve aussi son utilité pendant une journée de travail. Une activation très courte peut devenir pénible lorsqu’on tape beaucoup de texte et qu’un doigt un peu trop lourd transforme la moitié des mots en fautes de frappe. Il suffit alors d’augmenter légèrement la distance et le clavier devient immédiatement plus permissif.
La sensation générale suit la même philosophie. Les switches sont linéaires, très fluides et demandent peu de force. Il n’y a aucune bosse tactile pendant la descente : le doigt glisse jusqu’au fond puis remonte. Razer les lubrifie en usine et les stabilisateurs maintiennent correctement les grosses touches, ce qui donne une frappe assez homogène sur toute la largeur du clavier.
J’ai également trouvé le Huntsman V3 HE plus agréable à l’oreille que certains anciens modèles de la marque. Le son résonne moins dans le châssis, avec moins de bruit métallique après chaque pression. Ça reste évidemment une affaire de goût. Les amateurs de switches tactiles, qui aiment sentir physiquement le moment précis où la touche s’active, risquent de trouver tout cela un peu trop lisse.
Rapid Trigger, Snap Tap et compagnie : Razer remplit la boîte à outils
Une fois les switches magnétiques installés, Razer aurait difficilement pu faire l’impasse sur le Rapid Trigger. Plutôt que d’attendre que la touche remonte jusqu’à un point de réinitialisation fixe, le clavier coupe l’entrée dès que votre doigt commence son mouvement vers le haut.

Dans un FPS, c’est particulièrement pratique pour enchaîner rapidement les changements de direction. On appuie, on relâche légèrement, on repart dans l’autre sens. La touche n’a plus besoin de parcourir une distance prédéfinie avant d’être prête pour une nouvelle commande. À mes yeux, c’est d’ailleurs beaucoup plus facile à ressentir en jeu que de comparer deux claviers en essayant de deviner lequel répond quelques dixièmes de milliseconde plus vite.
Le Snap Tap est également de la partie, mais Razer ajoute quelques outils supplémentaires. Avec Snapflex, deux commandes peuvent être associées à une seule pression afin de se déclencher ensemble. Dynamic Keystroke va encore plus loin puisqu’une même touche peut lancer jusqu’à quatre actions selon la manière dont elle descend puis remonte.

Par exemple, une première action peut se déclencher au début de la pression, une deuxième plus bas dans la course, puis deux autres pendant le relâchement. Techniquement, c’est impressionnant. Dans la vraie vie, il faut quand même trouver un jeu où l’on a réellement besoin de transformer une touche en couteau suisse. Pendant mes parties, je n’ai pas trouvé beaucoup de situations où quatre commandes sur un seul bouton simplifiaient réellement les choses.
Le Dual Key Press Priority m’a semblé beaucoup plus facile à exploiter. Prenons un déplacement en diagonale avec A et W maintenus. Si vous pressez ensuite D, le clavier ne remplace pas brutalement les deux commandes. Relâchez simplement A et D prend immédiatement sa place : votre personnage part dans l’autre diagonale sans interruption inutile.
Ce sont de petits raffinements, parfois très spécialisés, mais ils montrent surtout jusqu’où Razer peut aller maintenant que le clavier connaît précisément la position de chaque touche.

Et puisqu’on parle de vitesse, le Huntsman V3 HE monte jusqu’à 8 000 Hz. Il peut donc transmettre ses informations au PC jusqu’à 8 000 fois par seconde. Le chiffre impressionne davantage sur une fiche technique qu’en pleine partie, où la différence avec un bon clavier à 1 000 Hz devient autrement plus difficile à isoler. Mais sur un modèle entièrement tourné vers la réactivité, sa présence semble logique.
Quand il faut vraiment sortir le chronomètre
Le plus amusant dans l’histoire, c’est que Razer continue de présenter ses switches optiques analogiques comme sa technologie la plus rapide pour l’e-sport. Les chiffres donnent environ 0,48 ms de latence pour l’optique analogique contre 0,6 ms pour les switches Hall Effect du Huntsman V3 HE.
Sur le papier, oui, l’optique gagne. Dans les doigts, bonne chance. On parle d’un écart de 0,12 milliseconde. À ce niveau-là, si vous perdez un duel sur Counter-Strike, Valorant ou Call of Duty, vous aurez probablement une longue liste de responsables à interroger avant d’arriver au switch de votre clavier. Pendant mes parties, je n’ai ressenti aucun retard particulier. Les commandes partent immédiatement et la combinaison du Rapid Trigger avec une activation très courte produit un résultat autrement plus visible que cette différence de latence.

C’est aussi ce qui rend le Razer Huntsman V3 HE TKL assez facile à comprendre dans la gamme. À 149,99 euros, Razer a supprimé quelques artifices présents sur certains Huntsman plus chers pour concentrer l’essentiel sur le clavier lui-même. Il n’y a ni écran ni commandes multimédias dédiées, et le design ne cherche pas à impressionner celui qui passe devant votre bureau.
Sous les doigts, en revanche, il y a tout ce qu’on attend d’un clavier Hall Effect moderne : Rapid Trigger, activation réglable touche par touche, switches fluides, polling à 8 000 Hz et une quantité presque déraisonnable de possibilités de configuration.
Razer a longtemps expliqué que ses switches optiques étaient la voie à suivre. Avec ce Huntsman V3 HE, la marque montre surtout qu’elle sait très bien faire du Hall Effect lorsqu’elle décide enfin de s’y mettre.
Razer avait finalement de bonnes raisons de passer au Hall Effect
Le Huntsman V3 HE donne surtout l’impression que Razer a attendu d’avoir une vraie proposition avant de rejoindre la bataille des claviers Hall Effect. Le constructeur aurait pu se contenter de suivre la tendance, mais il a préféré intégrer cette technologie à sa manière, avec une foule de réglages et quelques fonctions pensées pour ceux qui veulent vraiment jouer avec la réactivité de chaque touche.
Tout n’est pas indispensable, loin de là. Beaucoup de joueurs n’exploiteront jamais Dynamic Keystroke à fond, et le polling à 8 000 Hz ne changera pas magiquement votre niveau sur Valorant. Mais l’ensemble reste cohérent, agréable à utiliser et surtout très facile à adapter à ses habitudes.
À 149,99 euros, le Huntsman V3 HE TKL évite aussi de faire payer des gadgets dont on peut se passer. Razer va ici à l’essentiel, et pour une fois, c’est probablement exactement ce qu’il fallait faire.

Points positifs
- Une excellente réactivité en jeu
- Les switches Hall Effect très fluides
- Un point d’activation réglable de 0,1 à 4 mm
- Le Rapid Trigger particulièrement efficace
- Une construction solide avec plaque en aluminium
- Les touches PBT agréables et durables
- Un format TKL bien adapté au gaming
- Une acoustique mieux maîtrisée qu’auparavant
- Le prix plutôt bien placé face aux Huntsman Pro
Points négatifs
- Un éclairage RGB un poil trop discret
- Le Dynamic Keystroke pas toujours très utile




