Mouse P.I For Hire
Plateforme de test : PC
Date de sortie : 16 avril 2025
Développeur : Fumi Games
Éditeur : Fumi Games
Style : FPS
Disponible sur :
Mouse: P.I. For Hire transforme son concept de départ en véritable jeu complet après une première apparition remarquée sous forme de démo technique il y a quelques années. Le titre conserve son idée la plus géniale : associer le rythme d’un FPS rétro à une direction artistique inspirée des cartoons en noir et blanc des années 1920/30, le tout dans un décor de film noir.
Derrière son apparence de dessin animé rétro, le jeu mise étonnamment sur une action très rapide, des armes volontairement excessives et une ville rongée par la corruption. On y suit Jack Pepper, détective privé au trench-coat impeccable, lancé sur une affaire de disparition qui l’entraîne dans les bas-fonds de Mouseberg. Le résultat prend la forme d’un boomer shooter stylisé, où l’humour visuel côtoie les fusillades nerveuses et les codes du polar.

Un détective privé dans les bas-fonds de Mouseberg
L’enquête commence comme un dossier classique de détective privé avant de s’étendre à un réseau plus vaste, fait de crime organisé, de tensions politiques et de corruption locale. Notre Jack Pepper, ancien héros de guerre reconverti en privé, avance dans une ville où chaque quartier semble avoir quelque chose à cacher. Mouseberg reprend les marqueurs du polar noir : ruelles douteuses, personnages ambigus, femmes fatales, truands, policiers compromis et révélations qui déplacent progressivement les enjeux.
Le jeu ne traite pourtant pas cet univers avec un sérieux figé. Son écriture joue avec les clichés du genre sans basculer dans la parodie pure. Les dialogues gardent une tonalité sèche, souvent ironique, mais l’habillage cartoon permet d’intégrer des idées plus absurdes sans casser l’ambiance. Les jeux de mots autour des souris et du fromage reviennent régulièrement, tandis que certains éléments du monde prolongent cette logique avec des narcotiques à base de produits laitiers ou de l’encre noire utilisée comme substitut au sang.

Au-delà des dialogues, Mouse: P.I. For Hire prend le temps de donner une histoire à sa ville. Les niveaux ne servent pas uniquement de décors à traverser arme à la main : ils cachent des journaux évoquant des grèves ouvrières, l’émergence de partis politiques ou les activités de figures liées à la pègre. Ces fragments installent Mouseberg comme un espace traversé par des conflits sociaux et criminels, plutôt qu’un simple terrain de jeu rétro.
Avec un doublage assuré par notre célèbre Troy Baker dans le rôle de Jack Pepper, le jeu prend vraiment vie de manière très organique. Sa prestation donne au personnage un ton de détective dur à cuire, mais avec une distance ironique qui colle au mélange entre enquête noire et cartoon burlesque. Cette approche permet au récit de rester lisible et léger, tout en conservant les repères attendus d’un polar : une affaire qui dérape, des intérêts cachés et une ville où personne ne semble totalement innocent.
Un boomer shooter rapide inspiré par les plus grands noms
Une fois l’arme en main, Mouse: P.I. For Hire revient à une formule plus directe : avancer vite, tirer juste et rester constamment en mouvement. Le jeu reprend l’énergie des FPS arcade modernes, avec une mobilité qui rappelle étrangement un certain DOOM (oui, le contraste est élevé !). La vitesse de déplacement est élevée, les affrontements demandent de mitrailler tout en esquivant les tirs adverses, et chaque zone pousse à exploiter l’espace plutôt qu’à rester en couverture. Le double saut, le dash et le wall run donnent à Jack Pepper une aisance de déplacement qui transforme les fusillades en poursuites nerveuses à travers les décors de Mouseberg.

Cette mobilité sert un bestiaire varié, composé de truands armés, de policiers corrompus, de cultistes et d’ennemis plus physiques qui cherchent à réduire la distance avec des battes ou des tuyaux. Certains adversaires foncent droit sur le joueur, tandis que d’autres se protègent derrière des boucliers en bois, obligeant à adapter le positionnement et le choix des armes. Les niveaux alternent entre espaces ouverts, couloirs plus serrés et zones verticales, ce qui évite de répéter exactement le même schéma d’arène. Les plateaux de cinéma douteux, les docks, les métros, les marais ou encore le bateau fluvial plus luxueux donnent aussi à l’enquête une progression visuelle cohérente, sans sortir du cadre noir et poisseux de la ville.
Des armes cartoon qui sèment le chaos
Jack Pepper ne manque pas d’outils pour faire parler la poudre. Le fusil à pompe expédie les ennemis dans une violence volontairement burlesque, tandis que la James Gun, variation évidente autour de la mitraillette de gangster, accompagne les fusillades les plus rapides. Certaines armes assument encore davantage l’imagerie de dessin animé. Le Devarnisher recouvre par exemple les ennemis de térébenthine, fait disparaître l’encre qui les compose et ne laisse qu’un squelette paniqué. Le clin d’œil à The Skeleton Dance de Disney se retrouve jusque dans le bruit des os qui s’entrechoquent.
Les décors ajoutent leur propre dose de brutalité comique. Le joueur peut lancer des barils explosifs pour enflammer un groupe d’adversaires, tandis que les pianos suspendus et les enclumes géantes invitent à écraser les ennemis de manière très littérale. Le jeu rend cette violence lisible en l’inscrivant dans les codes du cartoon : têtes projetées, silhouettes réduites en suie, corps aplatis et réactions excessives. Le combat ne cherche pas à redéfinir le boomer shooter, mais il trouve une personnalité claire dans l’accord entre armes, animations et mise en scène.

Mouse P.I. For Hire, une enquête trop automatisée
La partie enquête reste en revanche plus limitée. Jack Pepper collecte bien des indices et les rassemble sur un tableau de liège, mais le jeu automatise les liens entre les preuves. Le joueur ne construit pas lui-même le raisonnement, ne choisit pas les connexions entre les éléments et ne participe pas vraiment à la résolution en dehors de la progression dans les niveaux. Cette mécanique donne du contexte à l’histoire, mais elle fonctionne davantage comme un habillage narratif que comme un vrai système d’investigation. Pour un jeu centré sur un détective privé, cette absence d’interaction dans l’enquête laisse une impression de potentiel sous-exploité.
L’exploration vient heureusement donner plus de densité à la progression. Le jeu multiplie les zones cachées, souvent derrière des conduits, des passages secondaires ou de courts défis de plateforme. Le joueur y récupère des journaux, des pages de comics et des cartes de baseball, qui alimentent un mini-jeu de table accessible entre deux missions. Cette activité annexe ne prend pas l’ampleur d’un jeu de cartes central comme le Gwent, mais elle apporte de quoi souffler entre deux séquences de tir. A noter qu’une récompense spéciale attend aussi les joueurs capables de remporter 35 parties, ce qui donne un intérêt concret à cette collection.

Pour accompagner cette exploration, Jack Pepper dispose d’une progression plus classique, mais utile. Le joueur peut augmenter les dégâts des armes, leur capacité de munitions ou débloquer des modes de tir alternatifs. La James Gun dispose notamment d’une option qui reprend l’imaginaire des gangsters de l’époque, jusque dans l’animation de tir. Notre personnage débloque aussi de nouvelles capacités de déplacement au fil de l’aventure, dont le double saut et le wall run, qui modifient l’approche des combats comme de l’exploration. Sur une durée d’environ 10 grosses heures, cette montée en puissance maintient un rythme correct, même si certaines aptitudes semblent surtout pensées pour le niveau où elles apparaissent avant de devenir plus discrètes ensuite.
Une direction artistique proche de Cuphead, mais avec une identité noire
L’élément le plus marquant reste la direction artistique. Mouse: P.I. For Hire recrée l’animation rubber hose des cartoons anciens avec des personnages aux contours épais, des mouvements élastiques et des objets qui semblent constamment prêts à bondir hors du décor. L’influence de Steamboat Willie se lit dans les silhouettes, les mimiques et certains bonus, comme cette boîte d’épinards qui renforce immédiatement Jack Pepper. Cette fidélité au dessin animé d’époque rappelle naturellement Cuphead, mais le titre de Fumi Games adopte ici une tonalité plus sombre et plus urbaine, portée par le noir et blanc et les codes du polar.

Même les détails plus infimes sont travaillés avec attention. Le compteur de munitions change selon l’arme utilisée et affiche une petite balle animée, tantôt excitée, tantôt presque hystérique lorsque le joueur appuie sur la gâchette. Les animations de rechargement suivent la même logique : cartouches jetées dans un fusil, liquide versé dans une arme plus expérimentale, manipulations volontairement désordonnées mais toujours lisibles. Une bande-son originale en big band jazz complète cette identité visuelle et renforce l’ambiance de club enfumé, de ruelle humide et de polar nocturne.
Un polar cartoon qui tire juste malgré une enquête qui tombe à plat
Mouse: P.I. For Hire trouve son intérêt dans l’accord entre son style visuel, son rythme et son ton. Le jeu ne bouleverse pas les bases du FPS rétro, mais il les exploite avec une vraie personnalité, portée par une mobilité nerveuse, un arsenal lisible et une direction artistique qui donne du relief à chaque fusillade. Son univers de polar cartoon fonctionne parce qu’il ne se limite pas à l’esthétique : les dialogues, les armes, les animations et la musique participent tous à cette même identité.
La déception vient surtout de l’enquête, trop guidée pour donner le sentiment d’incarner pleinement un détective privé. Malgré cette limite, l’aventure conserve un rythme solide sur ses 11 heures, avec assez de secrets, d’améliorations et de variations visuelles pour maintenir l’intérêt. Mouse: P.I. For Hire s’impose donc comme un boomer shooter singulier, plus convaincant par sa cohérence artistique et son énergie que par ses mécaniques d’investigation.
Points positifs :
- La direction artistique remarquable, entre cartoon noir et film noir
- Un gameplay rapide et nerveux, porté par une bonne mobilité
- L’ arsenal varié de notre personnage
- Une ambiance sonore réussie, grâce au jazz big band
- Un univers cohérent, renforcé par les journaux cachés et les détails visuels
Points négatifs :
- Une enquête trop automatisée, qui manque d’implication
- Des capacités parfois sous-exploitées après leur introduction
- Un mini-jeu annexe assez secondaire
- Un gameplay efficace mais peu novateur dans ses bases de boomer shooter


