Il y a les interfaces audio que l’on branche pour faire entrer un micro XLR dans son PC. Et puis il y a le Elgato Wave XLR Pro, qui arrive avec l’envie de mettre un peu d’ordre dans le grand bazar sonore des streamers. Un micro pour parler, Discord pour les copains, OBS pour le live, de la musique pour meubler, une piste VOD pour éviter les mauvaises surprises, parfois même un second PC pour enregistrer proprement… à force, le bureau commence vite à ressembler à une régie improvisée entre deux câbles USB.
Avec ce nouveau boîtier vendu au lancement à 350 euros, Elgato ne s’adresse donc pas au créateur qui veut simplement brancher un micro, régler son gain et lancer son live en deux minutes. Le Wave XLR Pro vise plutôt celles et ceux qui veulent garder la main sur chaque source, chaque sortie et chaque mix, sans forcément poser une énorme console sur leur bureau. Ici, il n’a ni faders, ni boutons, ni grosse molette prête à être tournée comme dans un studio radio. Ici, le cerveau est dans le boîtier, mais le tableau de bord se trouve ailleurs : dans Wave Link 3.0 et, surtout, sur le Stream Deck.

Un Wave XLR plus ambitieux, pas juste plus cher
Le Wave XLR classique a déjà fait ses preuves auprès des streamers et créateurs de contenu. Son rôle est simple : permettre de brancher un micro XLR, de profiter des outils Elgato et d’obtenir une voix propre sans devoir passer trois soirées à comprendre la logique d’une vraie table de mixage. Selon les périodes, on trouve généralement un excellent Wave DX autour de 130 à 160 euros, ce qui le place dans une zone assez confortable pour un setup streaming sérieux, mais encore raisonnable.

Le Wave XLR Pro, lui, ne joue pas vraiment la même partition. À 350 euros, il entre dans une catégorie où l’on commence forcément à se demander si le supplément demandé va vraiment servir au quotidien. La comparaison avec le GoXLR vient naturellement, puisque ce dernier avait été lancé autour de 400 euros il y a quelques années et qu’il a longtemps incarné le boîtier rêvé des streamers qui voulaient tout contrôler du bout des doigts.
Sauf qu’Elgato ne reprend pas la même recette. Là où le GoXLR misait sur des commandes visibles, des faders et une approche très “console de live”, le Wave XLR Pro fait l’inverse. Il retire les contrôles physiques du boîtier pour concentrer l’essentiel dans le traitement audio, le routage et l’intégration avec l’écosystème Elgato. C’est moins impressionnant quand on le pose sur le bureau. En revanche, dès que l’on commence à gérer plusieurs sources, plusieurs sorties et plusieurs besoins en même temps, le choix devient plus lisible.
Une installation qui reste simple, malgré le côté pro
Heureusement, Elgato n’a pas transformé son interface en usine à gaz. Le PC principal se branche sur le port USB-C Host, tandis qu’un second port USB-C Aux attend les configurations plus costaudes, notamment celles avec deux ordinateurs. À l’arrière, on retrouve aussi deux entrées XLR, de quoi connecter deux micros pour un podcast, une interview ou un live avec invité. Le tout se pilote via Wave Link 3.0, le logiciel maison qui sert à organiser les sources et les mixes.

Sur la partie micro, on retrouve les réglages attendus : le gain, l’alimentation fantôme pour les micros à condensateur, le gain lock pour empêcher certaines applications de modifier le niveau d’entrée, ou encore le clip guard, utile lorsque la voix part un peu trop fort. La compatibilité avec les boosts inline, comme les accessoires de type Cloudlifter, est également prévue.
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Les préamplis peuvent monter jusqu’à 80 dB de gain, ce qui laisse de la marge pour des micros réputés gourmands. Avec un modèle de type Shure SM7B, le Wave XLR Pro ne semble pas tirer la langue. En pratique, environ 45 dB peuvent suffire dans une configuration de ce genre, ce qui montre que le boîtier garde encore de la réserve sous le capot.

Reste que cette base audio, aussi solide soit-elle, n’est pas encore ce qui distingue vraiment le modèle Pro. Le Wave XLR classique propose déjà une expérience sérieuse pour qui veut améliorer son son. Le nouveau venu commence surtout à prendre de l’avance quand on regarde tout ce qu’il permet autour du micro.
Des effets audio accessibles, mais pas réservés au modèle Pro
Comme souvent chez Elgato, l’idée n’est pas de noyer l’utilisateur sous des termes techniques. Les effets audio sont présentés sous forme de réglages simples, avec des curseurs que l’on ajuste sans devoir sortir un manuel de mixage.
On retrouve un filtre low-cut, pratique pour calmer les vibrations de bureau et les grondements, un expander qui agit comme une porte de bruit plus douce, de la compression, un égaliseur, ainsi que Voice Tune, pensé pour travailler la dynamique de la voix de manière plus directe.
À cela s’ajoute l’effet Voice Focus, la réduction de bruit basée sur l’IA d’Elgato. L’outil est intégré avec l’achat de l’appareil et peut rendre service dans une pièce qui n’est pas parfaitement traitée, ou quand un clavier mécanique décide de participer un peu trop activement au live. Ce n’est pas une baguette magique, mais c’est typiquement le genre de fonction qui permet de gagner en confort sans transformer chaque réglage audio en séance de bricolage.
Il faut toutefois rester juste : une partie de ces fonctions existe déjà sur le Wave XLR classique. Le Pro ne gagne donc pas la bataille en promettant une voix soudainement descendue du ciel. Sa vraie différence vient de la manière dont il organise tout le reste. Le micro n’est qu’une pièce du puzzle. Le Wave XLR Pro veut surtout décider où part chaque son, à quel volume, dans quel mix, et pour quel usage.

À l’arrière, le Wave XLR Pro montre les dents
C’est en faisant le tour du boîtier que l’on comprend mieux pourquoi Elgato parle à un public plus avancé. Le Wave XLR Pro propose deux entrées XLR, une entrée Line In, une sortie Line Out, deux prises casque — une à l’avant, une à l’arrière — ainsi que deux ports USB-C. Dans Wave Link, cela se traduit par plusieurs entrées matérielles prêtes à être exploitées.
Dit comme ça, cela peut ressembler à une simple liste de connecteurs. En réalité, c’est tout ce qui change dans un setup un peu plus chargé. Les deux XLR permettent d’enregistrer deux voix sans ajouter une autre interface. La sortie Line Out peut alimenter des enceintes. La seconde prise casque permet de gérer un retour différent. Le port USB Aux ouvre la voie à un second ordinateur ou même une console. Bref, le boîtier ne sert plus seulement à faire entrer un micro dans un PC : il devient un point de passage pour toute l’organisation audio.

C’est particulièrement utile pour les créateurs qui alternent entre live, podcast, capture vidéo et montage. On peut imaginer un setup dans lequel le casque reçoit un certain mix, le stream en reçoit un autre, Discord n’entend que ce qu’il doit entendre, et l’enregistrement garde une piste plus propre. Ce genre d’organisation peut vite devenir pénible quand tout repose sur des solutions logicielles dispersées. Ici, Elgato essaie de tout ramener au même endroit.
Aucun bouton sur le boîtier : le pari du Stream Deck
Le choix le plus étonnant du Wave XLR Pro est aussi celui qui risque de diviser. Sur le boîtier, il n’y a aucun bouton, aucune molette, aucun fader. Pas de quoi baisser la musique d’un geste théâtral, pas de curseur à pousser comme si l’on lançait une émission en direct depuis une radio locale. Pour certains, ce sera immédiatement un manque. Pour d’autres, ce sera précisément ce qui rend le produit intéressant.
Elgato part d’une idée simple : beaucoup de streamers utilisent déjà un Stream Deck. Qu’il s’agisse d’un modèle classique à touches, d’une version avec molettes ou d’un format plus large, l’accessoire est déjà devenu un centre de contrôle pour lancer des scènes, couper un micro, afficher une animation ou gérer un live. Plutôt que de figer quatre contrôles physiques sur l’interface audio, Elgato laisse l’utilisateur construire son propre tableau de bord.

Dans les faits, cela veut dire que l’on peut piloter les volumes, les mixes ou certaines sources depuis Wave Link, mais aussi depuis un Stream Deck adapté. Avec des molettes, l’idée prend encore plus de sens. On peut imaginer un bouton pour le casque, un autre pour le stream, un autre pour Discord, un autre pour la musique. Si ce n’est pas suffisant, il est possible d’ajouter d’autres contrôles. On n’est plus limité par le boîtier, mais par la manière dont on veut organiser son espace de travail.
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Évidemment, cette approche suppose d’accepter la logique Elgato jusqu’au bout. Sans Stream Deck, le Wave XLR Pro reste utilisable. Avec un Stream Deck, il devient beaucoup plus naturel. C’est un choix assumé, presque un pari : ne pas vendre une console audio autonome, mais un cerveau audio pensé pour s’intégrer dans un écosystème déjà bien installé chez les créateurs.

Le vrai morceau de bravoure, c’est le mixage embarqué !
C’est ici que le Wave XLR Pro commence vraiment à justifier son nom. Le mixage et le routage ne reposent pas uniquement sur le PC : ils sont gérés directement par l’appareil. Sur un live, ce détail peut avoir son importance. Si le logiciel se ferme ou décide de planter au mauvais moment, les mixes restent en place. Le son ne s’effondre pas comme un château de cartes parce qu’une fenêtre a disparu de l’écran.
Mais le plus intéressant reste la liberté offerte dans l’organisation des sources. On peut créer un mix casque, un mix stream pour Twitch ou YouTube, un mix chat pour Discord, un mix VOD, un mix d’enregistrement ou encore un mix haut-parleurs. Chaque source peut ensuite être envoyée là où elle doit aller, avec son propre niveau.

Prenons un cas très concret. Le son du jeu peut aller dans le casque et sur le stream, mais rester absent de Discord. Le micro peut être envoyé aux spectateurs et aux coéquipiers, tout en étant moins fort dans le retour casque pour ne pas s’entendre parler comme dans un tunnel. La musique peut être présente pendant le live, mais retirée de la piste VOD afin d’éviter que la rediffusion soit rendue muette. Les enceintes peuvent recevoir le son du PC sans reprendre le micro, ce qui évite de créer une boucle de retour désagréable.
Ce n’est pas le genre de fonction dont tout le monde a besoin. Pour un live simple avec un micro, un casque et OBS, cela peut même paraître excessif. En revanche, dès que l’on commence à jongler avec plusieurs destinations audio, le Wave XLR Pro devient nettement plus pertinent. Il ne se contente pas de faire passer le son. Il le trie, le distribue et le garde sous contrôle.

Ducking, VOD et second PC : les fonctions qui parlent aux créateurs organisés
Le ducking est l’une des fonctions les plus parlantes pour les streamers. Le principe est simple : lorsqu’une source prioritaire se fait entendre, par exemple le micro, une autre source baisse automatiquement. En clair, quand le créateur parle, le jeu ou la musique peut descendre légèrement pour laisser passer la voix. Le spectateur comprend mieux, sans que le streamer doive constamment jouer au funambule avec les volumes.
Là où le système devient vraiment intéressant, c’est dans sa précision. On peut demander au jeu de baisser dans le mix envoyé au stream, tout en gardant le volume intact dans son propre casque. Le public profite d’un son plus lisible, tandis que le joueur conserve ses repères en pleine partie. C’est le genre de détail discret qui ne fait pas forcément vendre un produit en rayon, mais qui peut rendre un live beaucoup plus propre.

Même logique pour les VOD. Le Wave XLR Pro permet de créer une piste séparée sans musique, afin d’éviter que certaines rediffusions soient coupées ou rendues muettes à cause de morceaux protégés. Cela ne règle pas tous les problèmes de droits pendant le direct, mais cela donne au moins davantage de contrôle sur ce qui restera disponible après la diffusion.
Le port USB-C Aux ajoute une autre possibilité : envoyer un mix précis vers un second PC ou une console. Pour un créateur qui enregistre ses vidéos sur une machine dédiée, c’est une vraie option de confort. On peut par exemple capturer uniquement le gameplay, sans micro, sans musique et sans ducking, afin de garder une piste propre pour le montage. Ajoutez à cela le maximizer, qui agit comme une compression globale réglable par mix, et l’on obtient un outil capable de traiter différemment le son du stream, celui du casque ou celui de l’enregistrement.

Alors, pour qui est vraiment fait le Wave XLR Pro ?
Le Wave XLR Pro a du sens pour les streamers qui ont dépassé le stade du setup minimaliste. Si vous avez plusieurs micros, un invité, un podcast à enregistrer, un double PC, des enceintes, plusieurs retours casque ou l’envie de créer des mixes séparés pour le live, Discord, la VOD et l’enregistrement, l’interface d’Elgato coche beaucoup de cases. Elle permet de centraliser une organisation audio qui, autrement, demanderait souvent plusieurs outils et quelques contorsions logicielles.
Elle parlera aussi aux utilisateurs déjà bien installés dans l’écosystème Elgato. Si un Stream Deck trône déjà sur votre bureau, le Wave XLR Pro s’insère naturellement dans la chaîne. Le boîtier gère l’audio, le Stream Deck devient la surface de contrôle, et Wave Link sert de chef d’orchestre. Tout cela forme un ensemble cohérent, à condition d’avoir réellement besoin de cette souplesse.
Pour un usage plus simple, le verdict est moins évident. Si votre live se limite à un micro XLR, un casque et quelques sources dans OBS, le Wave XLR classique reste probablement le choix le plus rationnel. Il coûte nettement moins cher, offre déjà une bonne qualité audio et reprend plusieurs fonctions utiles. Les 200 euros d’écart peuvent financer un meilleur casque, un bras micro plus solide ou d’autres éléments du setup.
À 350 euros, le Wave XLR Pro n’est donc pas une interface audio que l’on achète juste pour se faire plaisir avec une fiche technique plus longue. Il faut avoir un usage derrière. Ses deux entrées XLR, son double USB-C, son mixage embarqué, son routage avancé, son ducking, ses sorties multiples et son intégration Stream Deck prennent tout leur sens dans un environnement où le son doit être organisé avec précision. Pour les autres, il risque surtout de ressembler à un camion de tournée utilisé pour transporter un seul micro.

Points positifs :
- Une connectique très complète
- Le mixage embarqué permet de garder les routages actifs même si le logiciel plante ou se ferme
- Les mixes séparés pour le stream, Discord, les VOD, le casque ou l’enregistrement offrent une vraie souplesse
- Un ducking précis
- La compatibilité Stream Deck ouvre beaucoup de possibilités de contrôle
- Les préamplis solides peuvent gérer des micros exigeants comme le Shure SM7B
- Une intégration Wave Link 3.0 plus lisible et bien adaptée aux créateurs de contenu
Points négatifs :
- L’absence de boutons physiques peut frustrer ceux qui veulent tout contrôler directement sur le boîtier
- Les fonctions vocales de base ne creusent pas toujours l’écart avec le Wave XLR classique


