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Avis – Supergirl Woman of Tomorrow (Urban Comics)

Avant d’arriver au cinéma dans le nouveau DCU, Supergirl, Woman of Tomorrow existe d’abord comme un récit à part dans le parcours de Kara Zor-El. Publié chez Urban Comics, cet album écrit par Tom King et dessiné par Bilquis Evely est sorti ce 17 avril au prix de 25 euros. Il regroupe les huit épisodes américains de Supergirl: Woman of Tomorrow #1-8. Sur le papier, on pourrait s’attendre à une aventure de super-héroïne assez directe, avec pouvoirs kryptoniens, grandes batailles et poses iconiques. Dans les faits, l’album prend une autre route. Plus poussiéreuse, plus étrange, presque plus intime. Kara n’y cherche pas seulement un ennemi à arrêter : elle cherche surtout à comprendre ce qu’elle fait encore là.

Synopsis:

Kara Zor-El a vécu bien des aventures épiques mais elle cherche aujourd’hui un sens à son existence. Témoin de la destruction de sa planète, elle fut envoyée sur Terre avec pour mission de protéger un petit cousin qui finira par ne plus avoir besoin d’elle. A quoi tout cela a-t-il servi ? Où qu’elle aille, l’ombre de Superman semble la suivre jusqu’à la faire douter de sa propre légitimité. Perdue dans ses questionnements existentiels, Kara taquine la bouteille le soir de son 21e anniversaire lorsque sa trajectoire percute celle de Ruthye, jeune extraterrestre en quête de vengeance…

Supergirl Woman of Tomorrow place Kara Zor-El et Ruthye sur la même route cabossée

Kara Zor-El a déjà tout perdu avant même que l’histoire commence vraiment. Elle a vu Krypton disparaître, elle a été envoyée sur Terre pour protéger son cousin, puis ce cousin est devenu Superman. Autrement dit, l’homme que tout le monde regarde quand il faut lever les yeux vers le ciel. Pour Kara, le problème n’est donc pas de savoir si elle est puissante. Elle l’est. Le vrai nœud se situe ailleurs : quelle place reste-t-il à Supergirl quand Superman occupe déjà tout l’espace symbolique ?

Tom King démarre son récit au moment où cette question devient trop lourde. Le soir de son 21e anniversaire, Kara traîne son mal-être dans un bar, avec l’alcool, la bagarre et cette fatigue que l’on ne colle pas souvent aux personnages portant un grand “S” sur la poitrine. Elle pense même à abandonner ses pouvoirs. Pas dans une grande scène tragique appuyée, mais dans une forme de lassitude presque brute. Le récit casse ainsi très vite l’image attendue de Supergirl. Kara n’apparaît pas comme une version plus lumineuse de Superman, mais comme une survivante qui porte encore les débris de Krypton sur les épaules.

C’est là qu’intervient Ruthye, jeune extraterrestre dont le père a été assassiné par Krem des collines d’Ocre. Elle veut se venger, point. Pas de grand discours, pas de détour moral au départ : elle a perdu son père et cherche quelqu’un capable de l’aider à retrouver le meurtrier. Elle croise Kara, lui propose une épée précieuse en échange de son aide, et le duo se met en mouvement. Supergirl accepte, mais pas pour devenir l’arme de Ruthye. Elle veut aussi lui montrer qu’une autre voie existe, que la vengeance ne répare pas forcément ce qu’elle promet de réparer. Reste que la question travaille tout l’album : qui va vraiment influencer l’autre ?

L’idée forte de Supergirl, Woman of Tomorrow, c’est que Kara donne son nom au livre, mais Ruthye en tient les rênes narratives. C’est elle qui raconte, observe, reconstruit. Son langage plus ancien, plus solennel, donne au récit une couleur de légende transmise après coup. On ne lit pas simplement une aventure en temps réel : on traverse une histoire déjà devenue mythe dans la bouche de celle qui l’a vécue. Et forcément, cela change tout. Supergirl n’est plus seulement un personnage que l’on suit, mais une figure que Ruthye tente de comprendre, parfois de juger, parfois d’admirer.

Une vengeance spatiale entre western, fantasy et conte moral

Dans les grandes lignes, Supergirl, Woman of Tomorrow fonctionne comme un road trip cosmique. Kara et Ruthye poursuivent Krem à travers l’espace, planète après planète, rencontre après rencontre. Mais l’album ne ressemble pas à une simple traque super-héroïque. Il y a dans cette histoire quelque chose du western, avec deux étrangères lancées sur la piste d’un homme violent. Le parallèle avec True Grit vient assez naturellement : une jeune fille cherche justice après la mort de son père, et une figure plus expérimentée l’accompagne dans cette quête bancale. Sauf qu’ici, les chevaux ont laissé la place aux vaisseaux, aux planètes lointaines et aux créatures improbables.

Ensuite, Tom King ajoute une couche plus inattendue. L’épée, la sorcellerie, la magie et certains détours presque féeriques viennent déplacer l’album vers la fantasy. Les super-pouvoirs ne disparaissent pas, mais ils ne règlent pas tout. C’est même l’un des points intéressants du récit : la force de Kara ne suffit pas à répondre à la douleur de Ruthye. Supergirl peut encaisser des coups, voler dans l’espace, tenir tête à des menaces absurdes, mais elle ne peut pas rendre un père à sa fille. À ce niveau, le comics s’éloigne du réflexe classique où le héros gagne parce qu’il frappe plus fort.

Krem, de son côté, reste un antagoniste assez peu présent. On le voit surtout au début, puis lors de la confrontation finale. Pourtant, son acte suffit à salir tout l’album. Il incarne une violence gratuite, presque bête, celle qui ne cherche pas vraiment de justification et oblige les autres à vivre avec ses conséquences. C’est efficace, même si certains choix de scénario autour de lui peuvent diviser. La fin, notamment, insiste sur l’idée de seconde chance. Le message se tient dans le cadre du récit, mais il peut paraître plus simple sur le papier que dans une lecture plus réaliste.

Reste aussi la structure en voyage, avec ses qualités et ses détours. Toutes les escales ne semblent pas indispensables à la traque. Le cinquième numéro, construit autour de la question du soleil vert, ressemble par exemple davantage à une parenthèse qu’à une vraie accélération de l’intrigue. Tom King l’aurait écrit après une question de sa fille sur ce qui arriverait si Supergirl faisait face à un soleil vert. Dit comme ça, on comprend mieux le côté presque expérimental du chapitre. Et pourtant, ce détour n’est pas vide : il permet d’introduire la magie dans l’univers des Super et de rappeler que l’album avance aussi par curiosité, pas uniquement par efficacité narrative.

Bilquis Evely donne de l’ampleur à l’édition Urban Comics avant le film DCU

Si le scénario tire Supergirl vers quelque chose de plus rugueux et de plus intérieur, le dessin de Bilquis Evely donne au voyage toute sa matière. Les scènes dans l’espace, les paysages de Maypole, les extraterrestres, le bateau de pirates ou encore les décors plus étranges composent un univers qui ne se contente pas d’illustrer le texte. Il lui donne un souffle. Le trait installe une ambiance à la fois cosmique, solaire et parfois presque artisanale, comme si chaque planète avait sa propre texture. On sent que l’album veut sortir Kara des couloirs trop connus de la mythologie Superman pour la jeter dans un monde plus vaste, moins confortable, plus imprévisible.

C’est aussi ce qui rend l’édition Urban Comics intéressante. En plus des huit épisodes, cette version augmentée propose plusieurs bonus : recherches graphiques, recherches de couvertures, galerie de couvertures alternatives, storyboards, planches encrées et scénario alternatif inutilisé de Tom King. Pour un album dont l’identité repose autant sur la mise en images, ces ajouts ont du sens. Ils permettent de voir comment certaines idées visuelles ont été construites, affinées, parfois écartées. Le seul regret vient de l’absence de commentaires de Bilquis Evely. Vu l’importance de son travail sur l’identité de l’album, quelques notes de sa part auraient apporté un éclairage précieux.

Enfin, difficile d’évoquer Supergirl, Woman of Tomorrow sans parler de son lien avec le futur film Supergirl du DCU. L’album servira de point de départ, même s’il serait prudent de ne pas parler d’adaptation fidèle. Certaines différences sont déjà connues, à commencer par la présence de Lobo dans le film, alors qu’il n’apparaît pas dans le comics. À l’inverse, des éléments de dialogue semblent bien venir de l’œuvre de Tom King, dont cette phrase déjà très marquée : « Krypton n’est pas morte en un jour. Les dieux ne sont pas si cléments. » Ce que le DCU semble surtout reprendre ici, c’est une idée de fond : Kara Zor-El n’est pas une copie de Superman. C’est une survivante, une héroïne abîmée, et une femme qui doit trouver sa propre trajectoire dans un univers où son nom arrive toujours chargé d’un héritage immense.


Fiche technique de Supergirl, Woman of Tomorrow :

  • Prix : 25 EUR
  • Public : 12+
  • Collection : DC Deluxe
  • Date de sortie : 17 avril 2026
  • Pagination : 280 pages
  • Scénariste: Tom King
  • Dessinateur: Bilquis Evely
  • Contenu VO: Supergirl, Woman of Tomorrow #1-8
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Terry 4WAG
Terry 4WAGhttps://www.4wearegamers.com/
Juste un homme qui donne vie à ses idées du haut de son clavier. Curieux de technologies et toujours enthousiaste pour les sorties vidéoludiques, je tâche de rester neutre sur un terrain ou une guerre de consoles inutile fait rage.

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