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Avis – Wonder Woman / Harley Quinn : La Souffrance et le Don

Sorti le 26 septembre 2025 chez Urban Comics, Wonder Woman / Harley Quinn : La Souffrance et le Don marque un tournant éditorial : il s’agit du premier titre de la collection Urban Comics Créations, un projet qui confie des figures emblématiques de DC Comics à des auteurs issus de la bande dessinée franco-belge. Une initiative inédite, qui donne ici naissance à un récit hors-continuité aux codes visuels hybrides et aux thématiques sociales affirmées.

Synopsis:

« La sérénité de l’île de Themyscira est compromise. Au moment où la cohésion des Amazones est mise à l’épreuve par la grossesse de l’une des leurs, elles doivent également faire face à une requête pour le moins surprenante : Harley Quinn, ex-compagne du sinistre Joker, craint pour sa vie et demande asile et protection auprès des soeurs guerrières. La sororité survivra-t-elle à cette double crise ? Et quel sera le rôle de Wonder Woman dans sa résolution ? »

Conflits internes sur Themyscira : deux intruses, deux crises

L’intrigue s’ouvre sur une situation de crise à Themyscira, l’île mythique des Amazones. Deux événements inattendus viennent perturber l’ordre établi : la grossesse de Lyssipée, pourtant réputée impossible selon la tradition divine, et l’arrivée d’Harley Quinn, en fuite et gravement blessée, qui réclame l’asile auprès de Diana.

Ces perturbations provoquent un débat idéologique profond au sein de la société amazone, entre celles qui prônent la préservation des traditions et celles qui souhaitent une évolution des règles. La reine Hippolyte, fidèle à l’ordre établi, rejette à la fois la maternité d’une de ses sœurs – qu’elle perçoit comme une transgression majeure – et l’accueil d’Harley, qu’elle considère comme une menace extérieure. À l’inverse, Wonder Woman adopte une posture critique, prônant la solidarité et la remise en question de certains dogmes.

Le récit aborde ainsi des thèmes universels et contemporains : le féminisme, le droit à disposer de son corps, la notion de pureté, mais aussi les rapports de pouvoir, la peur de l’inconnu et la fracture entre modernité et tradition. Le conflit entre guerrières loyales à la reine et voix dissidentes prend une dimension politique forte, rendant l’œuvre particulièrement actuelle.

Un traitement narratif et visuel influencé par la BD franco-belge

Contrairement à la structure classique des comics, La Souffrance et le Don se présente comme un récit complet, sans chapitrage. Une narration linéaire qui permet de développer un rythme mieux maîtrisé, avec un début, un développement et une fin clairement posés. Ce format, propre à la bande dessinée européenne, permet une immersion directe dans l’histoire et donne plus de place aux dialogues et aux enjeux sociaux.

Visuellement, Miki Montilló propose une interprétation graphique qui mêle influences américaines, franco-belges et japonaises. Les pleines pages côtoient les grilles classiques, les effets de vitesse empruntés au manga dynamisent les scènes d’action, tandis que les décors, parfois épurés, évoquent une mise en scène cinématographique. Le travail sur la colorisation, très réussi, renforce l’ambiance mystique et guerrière de l’univers des Amazones.

Montilló s’approprie aussi le design des personnages DC avec liberté : un Joker relooké en dandy néo-romantique, Batman en armure, et un Robin réinterprété font des apparitions brèves mais marquantes, ancrant l’histoire dans le vaste univers DC tout en affirmant une patte artistique originale.

Une relecture féminine et politique, portée par des auteurs européens

Le scénario de Sylvain Runberg (Orbital, Zaroff) fait le choix d’un angle résolument féministe et symbolique. La majorité des interactions se jouent entre femmes, sans références ou interventions masculines majeures, respectant ainsi le test de Bechdel. Le choix de ne pas utiliser le lasso de vérité sur une Amazone en conflit illustre un respect mutuel et une solidarité sororale, tout en évitant les résolutions faciles.

En accueillant Harley Quinn, fuiteuse d’une relation abusive avec le Joker, le récit touche également à la thématique des violences psychologiques et de la reconstruction. Quant à Lyssipée, en refusant de révéler le nom du père, elle affirme une maîtrise totale de son corps et de sa parole, faisant de la maternité un acte de résistance face à un système figé.

L’album explore également les limites de la sororité, en intégrant une tension sociale croissante entre progressistes et conservatrices, jusqu’à l’émergence d’une véritable crise. Si la résolution de l’intrigue peut sembler rapide, elle n’enlève rien à la force des enjeux soulevés, ni à l’originalité du traitement proposé.


Fiche technique de Wonder Woman/Harley Quinn – La Souffrance et le Don :

  • Prix : 20.5 EUR
  • Public : 12+
  • Collection : DC Creations
  • Date de sortie : 26 septembre 2025
  • Pagination : 128 pages
  • Scénaristes: Sylvain Runberg
  • Dessinateur: Miki Montlló
Terry 4WAG
Terry 4WAGhttps://www.4wearegamers.com/
Juste un homme qui donne vie à ses idées du haut de son clavier. Curieux de technologies et toujours enthousiaste pour les sorties vidéoludiques, je tâche de rester neutre sur un terrain ou une guerre de consoles inutile fait rage.

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