A NE PAS MANQUER

spot_img

DU MÊME SUJET

Avis – Batman / Deadpool, le crossover inespéré chez Urban Comics

Deadpool / Batman marque le premier crossover intercompany entre Marvel et DC depuis plus de vingt ans, avec un premier one-shot publié par Marvel. L’album met en scène Deadpool débarquant à Gotham City pour traquer Batman, dans un récit principal intitulé “The Dead of Knight”, écrit par Zeb Wells, dessiné par Greg Capullo, encré par Tim Townsend, mis en couleurs par Alex Sinclair et lettré par VC’s Clayton Cowles. Plus que par son intrigue, l’ouvrage existe surtout par ce qu’il représente : la rencontre officielle de deux figures majeures des Big Two, avec tout ce que cela implique en matière de confrontation de tons, de codes et d’attentes éditoriales.

Deadpool / Batman, ou quand le chaos de Deadpool percute la rigueur de Batman

Le cœur du livre repose sur une opposition très simple, mais bien exploitée. Deadpool incarne l’agitation permanente, la parole ininterrompue, la blague et la rupture du quatrième mur, là où Batman reste fidèle à sa posture fermée, méthodique et contrôlée. Le scénario joue presque entièrement sur cette friction. Il ne cherche pas à construire une intrigue particulièrement dense, ni à donner à cette rencontre une portée dramatique majeure. À la place, il s’appuie sur le décalage constant entre les deux personnages pour faire avancer le récit et installer sa dynamique comique.

C’est là que Zeb Wells trouve le ton juste. Le script tire un vrai bénéfice de la présence de Deadpool dans Gotham, un décor que le personnage désacralise sans arrêt par son comportement et ses remarques. Cette logique fonctionne d’autant mieux que le récit prolonge ce contraste avec le Joker, autre agent du chaos, mais d’une nature très différente. Le parallèle entre les deux permet de mieux cerner ce qui distingue l’humour absurde et bavard de Deadpool de la violence théâtrale du clown de Gotham. L’album reste donc assez léger sur le fond, mais il comprend au moins précisément où se situe son intérêt : dans la collision de deux tonalités incompatibles, plus que dans la construction d’un grand récit commun Marvel / DC.

L’aspect méta, lui aussi, reste central. Deadpool a conscience d’être dans un événement éditorial, et le livre en joue ouvertement. Cette dimension ne cherche pas à masquer le caractère très marketing du projet ; elle l’assume au contraire pleinement. Le crossover fonctionne ainsi comme un objet conscient de sa propre nature, qui préfère multiplier les références, les clins d’œil et les situations absurdes plutôt que d’installer de véritables enjeux narratifs. Ce choix donne une lecture plutôt fluide et souvent drôle, même si l’ensemble laisse logiquement moins de traces qu’un récit plus ambitieux.

Sur le plan visuel, Greg Capullo et Tim Townsend portent une large part de l’efficacité de l’album. Leur travail donne au face-à-face une vraie présence graphique. L’action reste lisible, nerveuse, et les compositions soulignent bien l’écart entre la noirceur de Batman et l’énergie plus démonstrative de Deadpool. Le dessin soutient autant les affrontements que les effets comiques, ce qui est essentiel dans un livre de ce type. L’album n’invente pas une nouvelle grammaire visuelle, mais il comprend très bien l’importance du spectacle dans ce genre de rencontre et le restitue avec efficacité.

Le one-shot ne se limite pas à son histoire principale et ajoute plusieurs récits courts centrés sur d’autres duos Marvel / DC. Leur intérêt est plus variable. Le team-up entre Jeff the Land Shark et Krypto, intitulé “Catch”, ressort comme l’un des segments les plus convaincants dans son registre, avec une approche plus légère et une exécution jugée particulièrement réussie. À l’inverse, les histoires réunissant Captain America et Wonder Woman, ainsi que Daredevil et Green Arrow, donnent l’impression d’être trop courtes pour développer réellement leur idée de départ. Le constat est d’autant plus visible que certaines autres pastilles paraissent plus anecdotiques, comme Rocket Raccoon / Green Lantern ou Logo, mashup inspiré des croisements à la manière d’Amalgam. Le sentiment qui s’en dégage est assez clair : certaines associations fortes auraient mérité davantage d’espace que des concepts plus mineurs.

Cette impression vaut particulièrement pour “The Gun & The Sword”, centré sur Steve Rogers et Diana Prince, dont la partie graphique signée Terry Dodson et Rachel Dodson est décrite comme l’un des points hauts du recueil. Même logique du côté de “The Red and the Green”, où Adam Kubert livre un travail solide. À l’opposé, “Showdown”, qui réunit Old Man Logan et le Batman de The Dark Knight Returns sous la plume et le dessin de Frank Miller, apparaît comme le segment le plus faible du volume. Le texte comme le dessin y sont présentés comme brouillons, avec en plus le sentiment d’un concept fort réduit à un récit de seulement trois pages sans véritable substance. Ce déséquilibre entre les bonus renforce l’idée que Deadpool / Batman fonctionne davantage comme un package événementiel inégal mais globalement plaisant que comme un album homogène de bout en bout.


Fiche technique de Batman / Deadpool :

  • Prix : 7,90 EUR
  • Public : 12+
  • Collection : DC Originals
  • Date de sortie : 6 février 2026 (tome 1) et 13 mars 2026 (tome 2)
  • Scénariste: Collectif
  • Dessinateur: Collectif
  • Contenu VO: Batman/Deadpool #1 et Deadpool/Batman #1
Terry 4WAG
Terry 4WAGhttps://www.4wearegamers.com/
Juste un homme qui donne vie à ses idées du haut de son clavier. Curieux de technologies et toujours enthousiaste pour les sorties vidéoludiques, je tâche de rester neutre sur un terrain ou une guerre de consoles inutile fait rage.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

DU MÊME AUTEUR